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(Société) Succès de 50 shades of Grey et image du sexe dans notre société – rencontre avec Sophie du site Ambroisies.fr

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Les chiffres viennent de tomber, 50 Shades of Grey a explosé les records pour son premier week-end en salle en France. Pas moins de 1,7 millions de curieux ont déjà visionné le film. Incroyable.

Inutile de revenir sur le synopsis tant les articles pullulent sur la toile et dans les kiosques. Plus qu’une critique de cette adaptation cinématographique, nous avons voulu comprendre le pourquoi du comment de ce phénomène. Pour cela nous avons rencontré Sophie. Cette bordelaise, conseillère en épanouissement intime et animatrice de réunions de jouets pour adultes propose via son site web Ambroisies.fr un espace d’écoute qui permet à chacun de redécouvrir le bonheur d’une vie intime épanouie. Loin du business et du trash, Sophie conseille et mise sur l’accompagnement personnalisé. Sa douceur nous a donné envie d’en savoir plus sur son métier et c’est via une petite interview que nous avons pu lui poser nos questions sur l’image du sexe dans notre société et son avis sur le succès de 50 shades of Grey.

Comment t’es venue l’idée de faire ce métier ?

C’est venu très progressivement, ma façon de travailler s’est tissée au fil des ans. À 20 ans, en couple avec mon mari depuis quelques semaines, j’ai fait la découverte d’une certaine Diane35. Ce nom n’est pas inconnu et c’est normal, il s’agit du nom d’un médicament dont le scandale a éclaté il y a deux. Ce produit, prescrit souvent à tort comme un banal contraceptif, a eu des effets dévastateurs sur un grand nombre de femmes. Et j’ai également été touchée. Être meurtrie dans sa santé, et donc fragilisée dans son intimité alors que l’on est si jeune et en couple depuis peu, c’est rude, très rude. Mais pour beaucoup de médecins, la sexualité est un luxe, un bonus, et selon eux il suffisait de « ne pas faire sa chochotte » et passer outre les ravages des effets secondaires. Après quelques années, m’étant renseignée de mon propre chef, j’ai remonté doucement la pente avec l’aide de mon mari. C’est là que l’idée s’est peu à peu mise à germer : si j’ai manqué d’écoute, de soutien, alors d’autres doivent en manquer aussi. Puis j’ai croisé la route d’un homme d’exception, un psychologue psychanalyste qui m’a prise sous son aile, acceptant de me former au conseil et à l’écoute active. C’est ainsi que j’ai construit mon approche personnelle, ma façon d’être et de vivre mon travail. Le ludique des jouets pour adultes est une merveilleuse porte d’entrée pour la communication, l’échange, et l’information. Dédramatiser pour ouvrir les possibles, pour permettre aux mots d’exprimer les maux les plus intimes. De l’écoute, de la bienveillance, et de l’humour aussi. Je dirai donc que j’ai utilisé mes propres blessures pour forger ma façon d’être et de travailler, pour créer une approche nouvelle en ce domaine, créer mon métier sur-mesure.

Quel a été le regard de ton entourage face à ta profession ?

C’est l’éternelle question ! La personne qui m’est la plus proche, mon mari, m’a toujours soutenue et encouragée (poussée même au départ). Pour lui, il était évident que ce travail me tendait les bras, que ma façon d’être pouvait être utile aux autres, tout en me permettant de forger mon propre travail en toute indépendance. Sans lui il est évident que mon orientation aurait été toute autre et que je n’aurais pas eu le plaisir de créer mon entreprise. Les amis ont été surpris, surtout au début. Parler de sextoys, de plaisir, de désir, tout cela leur semblait terriblement superficiel. Jusqu’à ce que je leur propose de passer une soirée en ma compagnie. Au milieu des rires, il y a eu des questions de plus en plus libérées, des moments d’échanges auxquels ils ne s’attendaient pas, et ils ont vite compris que mon métier tel que je l’avais créé allait bien au delà de la simple présentation de « jouets-trop-funs-pour-les-grands ». Non, mon travail est un tout, à mi-chemin entre le ludique et le conseil, un espace de liberté où il est possible d’aborder tous les sujets, avec délicatesse et sincérité. Ça a été plus compliqué pour ma famille, autres générations, autres mœurs. Mais en me voyant heureuse de me sentir à ma place et utile pour mes clients, ils ont compris que même si certains paramètres leur échappaient, mon métier n’était pas celui de « vendeuse de bêtises », mais était bien plus profond que cela et digne de respect et d’intérêt.

Penses-tu que le sexe est tabou dans notre société ou y a-t il eu une évolution ces dernières années ?

Je dirais qu’il y a eu une évolution de façade, mais un véritable recul en réalité. La moindre publicité pour un carré de chocolat, une voiture, une lessive utilise les codes de l’érotisme ou de la sexualité. Alors, certes, la gourmandise est fortement liée au plaisir, mais la récurrence de ces images et leur emploi systématique les ont rendues terriblement banales. Alors que le sexe est tout sauf banal, c’est un territoire intime, privé, à protéger, à chérir, un jardin personnel à cultiver à sa façon. On se retrouve donc avec une société décomplexée en apparence, où les « réunions sextoys » font beaucoup rire lorsqu’on en parle, mais en réalité tant de rires recouvrent de la gêne. Le monde qui nous entoure nous envoie l’injonction d’être épanouis, libérés, sexy, performants, et de jouir trois fois par semaine. Mais où sont la liberté et le plaisir dans l’ultra normalisation ? Derrière l’image d’une société où le sexe abonde, il y a en réalité un véritable besoin d’information, d’échange, et de respect des individualités.

Comment expliques-tu le succès de Fifty Shades of Grey ?

Question épineuse et complexe… Je pense qu’il y a plusieurs ressors derrière un tel succès. Tout d’abord, le fait que pendant des siècles la sexualité féminine ait été entravée a laissé des séquelles. Un tel ouvrage (qui au départ était une fanfiction ne l’oublions pas) qui s’affirme clairement comme étant à destination des femmes, cela a décomplexé le fait de s’en approcher. Comme une autorisation tant attendue. Alors que, bien avant cela, les femmes ne se sont pas privées d’écrire et lire des millions de textes érotiques ou pornographiques. Mais le fait que cette histoire se soit inspirée du succès Twillight lui a donné directement un coup de pouce par rapport aux autres écrits, l’a rendu moins inapprochable. Et surtout nous sommes dans un monde où la rentabilité prime, et où la communication peut parvenir à faire vendre tout et n’importe quoi. Une autre raison du succès… Voilà donc comment une fanfiction basée sur un ouvrage connu finit par être elle-même éditée et adaptée au cinéma. Et ce succès, j’ai tendance à le craindre. Car à mon sens, ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains de par les schémas malsains qui y sont exposés, les clichés, et le manque de réalisme. Oui, dans un ouvrage de fiction, on peut raconter tout et n’importe quoi, l’imaginaire est libre après tout. Mais le lectorat doit savoir qu’il s’agit d’une fiction et avoir une capacité de recul sur les informations délivrées. Or, je pense que le battage médiatique et la banalisation de cet ouvrage en on fait un effet de mode qui, malheureusement, a conduit à ce qu’il soit lu par des personnes trop fragiles pour faire cette distinction. Mettre en vedette un pervers manipulateur n’est pas, à mon sens, adapté à certains lecteurs dont les fragilités de construction ne leur permettent pas de détecter le danger. Et malheureusement, les véritables maltraitances sont bien loin d’avoir l’attrait de celles de 50 nuances de Grey, car il y a un monde entre la réalité des pratiques BDSM et leurs codes, et le fait de tomber sous l’emprise d’un pervers manipulateur. Surtout, si vous rencontrer un homme comme ce monsieur : fuyez.

Il y a t il un profil « type » de tes clientes ?

Il est très amusant de noter que la question est directement formulée au féminin. Oui j’ai des clientes mais j’ai aussi des clients même s’ils sont moins nombreux. J’ai choisi d’orienter mon offre plutôt vers les personnes en totale découverte. Le milieu de l’érotisme et de la sexualité regorge de produits divers et variés, à tel point que s’initier à ce nouveau monde peut paraître compliqué. Et malheureusement, un premier achat mal préparé, mal conseillé, peut faire des ravages et dégoûter la personne durablement. L’intimité est un terrain qui demande de l’écoute et de la délicatesse, surtout lorsqu’on est en pleine découverte. Voilà pourquoi j’axe plutôt mes produits et prestations vers une clientèle novice, ou assez peu expérimentée, pour leur permettre d’avancer à leur rythme, en étant rassurés, conseillés, écoutés dans leurs envies et leurs limites. Le profil est essentiellement féminin, les femmes ayant plus l’habitude d’aborder des sujets intimes entre elles, mais leurs hommes ne perdent pas une miette du compte rendu qu’elles leur font, et regardent par dessus leur épaule lorsqu’elles passent commande. Ils ont énormément de questions, bien souvent des idées reçues en tête (la première étant souvent « si elle veut un sextoy c’est pour me remplacer ») auxquelles il faut doucement tordre le cou. Et cela se fait par l’intermédiaire de ces clientes qui viennent me voir, prennent les informations, et ensuite les transmettent à leurs chéris. L’âge est très variable, j’ai des clientes de 25 ans comme des clients de 55 ans, c’est surtout la maturité qui fait qu’une personne va venir vers moi, à la recherche d’un conseil particulier et adapté. J’encourage d’ailleurs régulièrement mes clientes à inviter leurs compagnons lors des réunions, car le regard de ces messieurs sur le désir et le plaisir féminin est très intéressant, et permet un autre niveau d’échange. C’est très enrichissant, lors d’une soirée, de pouvoir lancer ces débats, et de percevoir dans les yeux des participants qu’ils nouent des liens nouveaux dont les objets ne sont que le support de réflexion. Puis, ensuite, les personnes qui me connaissent et qui peu à peu ont pris leurs marques dans cet univers viennent aussi me trouver pour des achats plus particuliers, qui ne figurent pas sur le catalogue mais dont ils savent pouvoir me faire la demande.

Pour finir que dirais tu à des personnes, et plus particulièrement des femmes qui n’osent pas faire appel à tes services ?

Je leur dirais de visiter mon site internet, qui reflète ma façon de travailler. Je suis une indépendante, ce qui signifie que lorsqu’un mail arrive dans ma boîte, c’est moi et moi seule qui le lis, et qui y réponds, tout comme je suis l’unique interlocutrice par téléphone car Ambroisies, c’est moi. Ma démarche est celle d’un accompagnement global, et je me tiens à leur disposition pour leur permettre de verbaliser leurs questions, leurs envies, et les conseiller à leur rythme. Et puis, je pense que la lecture de cet article aura déjà donné un bon aperçu de ma façon d’être, et que cela les encouragera à oser enfin écouter leur petite voix intérieure afin qu’elles aussi puissent s’épanouir.

sophie Minne

Sophie Minne  – Ambroisies –  Retrouvez également sa page Facebook

– Caroline –

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2 réflexions sur “(Société) Succès de 50 shades of Grey et image du sexe dans notre société – rencontre avec Sophie du site Ambroisies.fr

  1. Excellente cette interview! Je suis d’accord sur le fait que la société est de plus en plus hypersexualisée et qu’il y a une perte de repères donc de banalisation. Est-ce bien, est-ce mal, je n’en sais rien…
    Et le succès d’un tel film en témoigne! tout autant qu’il témoigne du caractère pervers qui sommeille en chacun de nous. Oui, en chacun de nous.

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